Fatigue mentale persistante : comprendre la surcharge et la place de l’EMDR

Carnet de bord « Les onglets que personne ne voit »

Homme pensif reflétant fatigue mentale invisible

Je pense à la fatigue mentale comme à un navigateur dont les onglets continuent de travailler derrière la page affichée. À l’écran, vous répondez à un message. En toile de fond, une inquiétude familiale charge sans fin, une décision attend, une conversation se rejoue et une petite fenêtre demande si vous avez pensé à tout. Le ventilateur tourne à plein régime. De l’extérieur, pourtant, vous êtes simplement assis.

Cette image permet de reconnaître un effort qui ne produit pas toujours de trace visible. Anticiper, arbitrer, se retenir, organiser pour plusieurs personnes : ces opérations occupent de la place. La fatigue ne se mesure donc pas uniquement au nombre de tâches terminées. Une journée peut sembler vide dans un agenda et saturée dans l’expérience vécue.

Je ne propose pas pour autant de fermer tous les onglets par la pensée. Certains correspondent à des responsabilités réelles. D’autres se rouvrent parce qu’aucune décision collective n’a été prise. D’autres encore concernent des souvenirs ou des inquiétudes qui méritent un accompagnement spécifique. Nous avons besoin de distinguer ces catégories avant de distribuer des conseils de relaxation comme des ventilateurs dans une pièce en feu.

La journée s’arrête. Dans votre tête, le service continue. Vous reprenez une conversation, préparez demain, vérifiez ce qui pourrait avoir été oublié. Même le repos devient un projet à réussir. À force, la fatigue ne se limite plus à une sensation : elle rétrécit la place disponible pour décider, ressentir et être avec les autres.

Dire « il faut lâcher prise » décrit une destination. Cela ne donne pas le chemin pour y parvenir.

Une fatigue persistante demande d’abord à être comprise

La fatigue mentale n’est pas un diagnostic unique. Le sommeil, l’état de santé, les traitements, la charge de travail et les difficultés psychiques peuvent y participer. Lorsqu’elle dure, s’aggrave ou gêne fortement le quotidien, un bilan médical permet de ne pas attribuer trop vite l’ensemble au stress.

L’expression « fatigue mentale chronique » ne doit pas non plus être confondue avec l’encéphalomyélite myalgique, également appelée syndrome de fatigue chronique. Ce sont des questions qui nécessitent une évaluation adaptée.

Ce qui fatigue peut être invisible dans l’agenda

Deux journées identiques sur le papier peuvent avoir un coût très différent. Une tâche n’occupe pas seulement le temps de son exécution. Elle peut rester ouverte parce que les attentes sont floues, qu’une décision dépend de quelqu’un d’autre ou qu’une erreur paraît impossible à tolérer.

Mon intérêt pour l’analyse du travail m’amène à regarder cet écart entre l’activité visible et ce qu’elle exige réellement. « J’ai peu fait aujourd’hui » peut coexister avec des heures passées à arbitrer des demandes incompatibles.

Le problème ne se résout alors pas uniquement en apprenant à se détendre. Il faut parfois clarifier une responsabilité, réduire une charge ou rendre une limite explicite.

Prenons un premier temps d’échange ensemble.

Quand le repos devient inquiétant

Une autre question mérite d’être posée : quelles réactions apparaissent lorsque vous vous arrêtez ? Du soulagement, de l’agitation, de la culpabilité, la peur de perdre le contrôle ?

Cette réaction peut orienter l’accompagnement. Si certains souvenirs ou apprentissages restent associés à l’idée de devoir toujours tenir, leur place pourra être explorée. L’EMDR n’est toutefois pas un traitement général de la fatigue et ne peut compenser durablement un contexte qui continue d’épuiser.

L’INRS rappelle, pour l’épuisement professionnel, l’importance de la prévention des situations de travail en cause. INRS, épuisement professionnel.

Retrouver une prise sur ce qui épuise

Yves Clot, dans « Travail et pouvoir d’agir » (2008), propose de lier la santé au travail aux possibilités d’action. Cette approche est pertinente car elle déplace la question : au-delà des ressources personnelles, quelle est la marge de manœuvre de l'individu pour modifier ses actions et les conditions dans lesquelles il les réalise ?

Cela soulève une question clinique et pratique essentielle : « Où votre effort rencontre une impossibilité répétée ? » Plusieurs situations peuvent engendrer une fatigue importante :

  • Vouloir bien faire - sans disposer du temps nécessaire.
  • Devoir choisir - entre deux exigences incompatibles.
  • Rester responsable - sans pouvoir décider.

Ces tensions peuvent être lourdes à porter. Elles nécessitent parfois une réorganisation, une nouvelle répartition des tâches ou un soutien professionnel. Les aborder uniquement sous l'angle de la gestion émotionnelle laisserait le problème persister en arrière-plan.

« Se reposer ne sert pas seulement à repartir plus vite. » Le repos peut également révéler ce qui n'est plus soutenable. Ce constat est parfois inconfortable, car il appelle à un changement plutôt qu'à une simple récupération.

Agir par étapes

Il n'est pas toujours nécessaire d'exiger une révolution immédiate. Il est possible d'avancer progressivement en :

  • Identifiant une tâche - à partager.
  • Nommant une limite - à respecter.
  • Organisant une consultation - médicale.

La clarté émerge souvent par petites touches. Elle ne doit pas être perçue comme une contrainte supplémentaire à réussir avant de s'autoriser à souffler.

Faire la différence entre la quantité et le coût du travail

Quand une personne dit « je n’en fais pourtant pas tant que cela », je souhaite comprendre ce qu’elle compte. Les tâches terminées sont visibles. Les arbitrages, les interruptions et les préoccupations laissées ouvertes le sont beaucoup moins. Une heure passée à décider entre deux demandes incompatibles peut ne produire aucun résultat facile à montrer, tout en exigeant une attention soutenue. Le sentiment de n’avoir rien accompli vient alors ajouter une insatisfaction à la fatigue.

  • Vous avez commencé une tâche
  • Répondu à plusieurs sollicitations
  • Repris le fil
  • Attendu une information
  • Puis changé de priorité.

Ce déroulement ne ressemble plus à une simple liste de choses à faire. Il révèle une activité de coordination que vous êtes parfois seul à percevoir.

Cette lecture peut aussi concerner la vie familiale. Prévoir les besoins, penser aux horaires et anticiper les difficultés est un travail, même lorsque personne ne vous a explicitement demandé de le prendre en charge. Le reconnaître permet de discuter sa répartition. Une thérapie ne devrait pas apprendre uniquement à mieux supporter une charge dont une partie pourrait être partagée ou supprimée.

Envie de découvrir si l’EMDR en visio vous conviendrait ? Prenons un premier temps d’échange ensemble.

Comprendre ce que l’arrêt représente pour vous

Le repos peut être compliqué pour des raisons différentes. Une personne craint de manquer une demande importante. Une autre ressent qu’elle ne mérite une pause qu’après avoir tout terminé. Une troisième découvre, lorsqu’elle s’arrête, des préoccupations jusqu’alors tenues à distance par l’activité. Ces situations appellent des questions distinctes. Parler de « difficulté à lâcher prise » sans les différencier risque de rester trop vague pour aider.

Nous pouvons examiner les règles que vous vous appliquez. Ces règles sont claires et réalistes ? Vous demanderiez la même chose à une personne dont vous connaissez la fatigue ? Le but n’est pas de vous prendre en défaut. Il est de rendre visibles des conditions parfois impossibles : être disponible pour tous, ne rien oublier et ne jamais laisser quelqu’un attendre.

Un travail thérapeutique peut vous aider à distinguer une responsabilité réelle et une obligation ressentie. Cela n’efface pas les conséquences possibles d’une décision. Poser une limite peut déplaire, et certaines organisations résistent au changement. Nous devons donc regarder les appuis dont vous disposez et les négociations nécessaires, au lieu de présenter le repos comme une décision purement intérieure qui dépendrait seulement de votre volonté.

Reconnaître la récupération sans en faire une performance

La tentation est parfois de remplir le temps libre avec un programme parfait de récupération. Il faut dormir, marcher, méditer et retrouver son énergie selon un calendrier précis. Ces activités peuvent avoir leur intérêt, mais leur accumulation peut aussi reproduire la logique qui épuise : réussir chaque moment et mesurer constamment si l’on progresse assez vite. Le repos devient alors une nouvelle tâche à rendre efficace.

Une autre entrée consiste à regarder ce qui vous laisse réellement plus disponible. Certaines activités vous reposent à un moment et vous coûtent davantage à un autre. Une rencontre agréable peut nourrir le lien tout en demandant de l’énergie. Une journée calme peut être utile sans donner immédiatement la sensation d’aller mieux. Ces nuances permettent d’éviter un jugement trop rapide sur chaque tentative.

Dans le suivi, nous pouvons choisir quelques repères modestes : terminer une activité sans en ouvrir trois autres, retrouver une conversation que l’on peut suivre, disposer d’une soirée moins occupée par les anticipations. Ils n’ont pas à devenir un tableau de performance. Ils servent à comprendre ce qui change et ce qui reste difficile. Si la fatigue persiste malgré les ajustements, cela invite à réexaminer la situation avec les professionnels concernés, pas à vous demander de faire encore plus d’efforts pour récupérer.

En visio, retrouver des marges concrètes

Le premier objectif peut être très simple : identifier ce qui réclame encore votre attention alors que la journée est finie. Nous examinons ensuite ce qui relève d’un changement extérieur, d’un soutien médical ou d’un travail thérapeutique.

Un progrès n’est pas forcément « ne plus penser ». Il peut être de reconnaître qu’une décision peut attendre, de déléguer sans tout reprendre ou de retrouver un temps de repos qui ne se paie pas en culpabilité.

Si vous avez le sentiment de ne jamais vraiment récupérer, vous pouvez me contacter pour clarifier les prochaines étapes, sans présumer que l’EMDR sera forcément la réponse.


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