Faim émotionnelle et blocages : quelle place pour l’EMDR en visioconférence ?
Carnet de bord « Ce que l’on cherche dans le placard »
Comprendre la faim émotionnelle
Manger peut procurer un plaisir et un apaisement réels. Ce n’est pas une faute à confesser. La difficulté se précise quand ce geste devient presque la seule réponse disponible, entraîne une souffrance ou s’accompagne d’une perte de contrôle. Alors, interdire la réponse sans comprendre le besoin revient à retirer une chaise à quelqu’un qui ne tient plus debout, sous prétexte que sa posture n’est pas idéale.
Manger peut procurer un plaisir et un apaisement réels. Ce n’est pas une faute à confesser. La difficulté se précise quand ce geste devient presque la seule réponse disponible, entraîne une souffrance ou s’accompagne d’une perte de contrôle. Alors, interdire la réponse sans comprendre le besoin revient à retirer une chaise à quelqu’un qui ne tient plus debout, sous prétexte que sa posture n’est pas idéale.
J’essaie donc de regarder la séquence entière. Ce qui précède, ce qui est ressenti pendant, ce qui arrive ensuite. Si le soulagement est suivi de honte puis de restriction, la prochaine soirée commence déjà avec une charge supplémentaire. La personne n’a pas simplement « recommencé ». Elle se retrouve dans une organisation qui peut entretenir sa propre difficulté.
La journée a été longue. Le repas arrive tard. Vous mangez, puis continuez, avec cette impression que quelque chose ne se calme pas. Très vite, une explication s’impose : « Je n’ai aucune volonté. » Elle est sévère. Et surtout, elle n’aide pas à comprendre ce qui vient de se passer.
Avant de parler de faim émotionnelle, il faut laisser une vraie place à la faim.
Le corps et les émotions ne remplissent pas des cases séparées
Un apport alimentaire insuffisant dans la journée, un rythme irrégulier, une fatigue importante et une tension émotionnelle peuvent se rencontrer au même moment. Manger pour chercher du réconfort n’exclut pas un besoin énergétique réel.
On ne peut donc pas conclure, à partir d’une envie forte ou d’un repas abondant, que le problème est uniquement psychologique. Un regard médical et nutritionnel peut être nécessaire, particulièrement lorsque les épisodes se répètent ou s’accompagnent de restriction et de perte de contrôle.
La question utile devient : « Quels événements ont précédé le moment où manger est devenu la seule réponse disponible ? »
Prenons un premier temps d’échange ensemble.
Observer une séquence plutôt que juger un aliment
Il peut être intéressant de regarder un épisode sans chercher immédiatement à le corriger.
- À quelle heure remontait votre précédent repas ?
- Quelle était votre fatigue ?
- Quel événement vous occupait ?
- Le fait de manger a apporté quoi : du plaisir, une pause, une sensation de présence, une coupure ?
Cette observation n’a pas vocation à devenir un nouveau contrôle permanent. Elle sert à distinguer des besoins que la culpabilité mélange. Si le soulagement obtenu est très bref et suivi de restrictions, l’ensemble de la séquence mérite une attention particulière.
L’EMDR ne constitue pas une méthode de perte de poids
Un travail EMDR peut être envisagé si une évaluation retrouve des souvenirs perturbants liés, par exemple, au corps, à la honte ou à des expériences traumatiques. L’objectif porte alors sur leur charge émotionnelle et leurs conséquences, pas sur un poids promis.
En présence d’un trouble alimentaire, une prise en charge spécifique reste nécessaire. Les recommandations distinguent les troubles et leurs traitements ; elles ne les réduisent pas à une mauvaise gestion des émotions. NICE, reconnaissance et traitement des troubles alimentaires.
L’accompagnement psychologique doit pouvoir s’articuler avec les autres professionnels. Il ne remplace ni l’évaluation nutritionnelle ni le suivi médical lorsqu’ils sont indiqués.
Un corps nourri de sensations et de significations
Dans « Les techniques du corps », texte publié en 1936, Marcel Mauss montre que nos usages du corps s’inscrivent aussi dans des apprentissages sociaux. Ce regard ne permet pas de diagnostiquer un trouble alimentaire. Il rappelle que manger n’est jamais un geste purement mécanique, détaché de toute histoire collective. Les repas peuvent signifier la fête, le devoir, la consolation, la surveillance ou l’appartenance. Marcel Mauss, texte de 1936.
Cette perspective m’aide à poser des questions respectueuses.
- Dans votre environnement, laisser de la nourriture est accepté ou vécu comme un affront ?
- Le repos demande une justification ?
- Le corps est commenté à chaque réunion familiale ?
Ces éléments ne désignent pas un coupable. Ils permettent de comprendre pourquoi une assiette peut transporter davantage que son contenu.
Je garde aussi cette note : « Un besoin émotionnel n’annule pas un besoin alimentaire. »
On peut être triste et avoir faim. Chercher systématiquement une cause psychologique risque de détourner l’attention d’apports insuffisants ou d’un problème de santé. La précision clinique protège de ces raccourcis. L’objectif n’est pas de devenir un enquêteur permanent devant chaque bouchée. Il est de retrouver assez de sécurité et de souplesse pour que manger redevienne une expérience parmi d’autres, avec du plaisir, des sensations et moins de procès intérieur.
Envie de découvrir si l’EMDR en visio vous conviendrait ? Prenons un premier temps d’échange ensemble.
Donner une place aux besoins avant de parler de contrôle
La question de l’alimentation arrive souvent accompagnée d’un projet de maîtrise. Manger moins, résister davantage, ne plus être attiré par certains produits. Avant de retenir cet objectif, je souhaite comprendre ce qui se passe dans la journée. Une personne peut organiser ses activités de façon à repousser ses besoins jusqu’au moment où ils deviennent très difficiles à ignorer. Le problème ne se situe alors pas uniquement dans le repas du soir.
Un regard partagé avec un professionnel de la nutrition peut aider à examiner les rythmes, les apports et les contraintes réelles. Le travail thérapeutique explore, de son côté, ce qui rend ces besoins difficiles à reconnaître ou à prendre en compte. Vous accordez facilement une pause à quelqu’un d’autre, mais vous attendez d’avoir terminé toutes vos tâches pour vous autoriser à manger ? Cette asymétrie peut mériter autant d’attention que les aliments consommés.
Il est également nécessaire de considérer ce qui est matériellement possible. Les horaires, les ressources financières, les déplacements et la charge familiale influencent les repas. Une proposition théorique irréalisable peut simplement ajouter de la culpabilité. Nous cherchons à comprendre votre situation telle qu’elle est vécue, sans supposer que vous disposez d’un temps, d’une énergie ou d’une organisation idéaux.
La honte peut masquer la fonction du comportement
Lorsqu’un épisode alimentaire est immédiatement suivi d’une accusation contre soi, il devient difficile de regarder ce qui l’a précédé. Le jugement occupe toute la place. Il peut donner l’impression d’agir, parce que vous vous promettez de faire mieux, alors qu’il laisse intacte la séquence qui a conduit à l’épisode. Réduire cette hostilité intérieure peut rendre l’observation plus précise, sans banaliser une difficulté qui vous fait souffrir.
Comprendre le rôle des émotions
Un exemple hypothétique permet de comprendre la nuance. Après un échange pénible, une personne mange seule et ressent quelques minutes de répit. Le travail ne consiste pas uniquement à trouver une occupation qui l’empêcherait de manger. Il faut aussi examiner le conflit, l’isolement et l’absence d’autre espace pour déposer ce qui vient d’être vécu. Si ces éléments restent inchangés, on demande au contrôle alimentaire de porter une difficulté bien plus large.
Distinguer plaisir et symptôme
Cela ne signifie pas que chaque prise alimentaire cache une émotion refoulée. Le plaisir de manger a sa place. Une envie n’a pas toujours besoin d’une interprétation. L’accompagnement doit vous aider à distinguer les situations, pas transformer toute relation à la nourriture en symptôme à déchiffrer. Une vie plus apaisée implique aussi la possibilité de manger sans devoir produire une explication psychologique à chaque occasion.
Choisir des objectifs qui ne se résument pas à la balance
Si votre demande concerne le poids, elle peut être entendue sans devenir le seul indicateur du travail. La diminution de la culpabilité, la possibilité de parler d’un épisode sans le cacher ou la reconnaissance plus précoce d’un besoin sont des dimensions différentes. Elles ne permettent pas de promettre une modification du poids, mais elles peuvent rendre votre relation à l’alimentation plus compréhensible et moins conflictuelle.
Dans un suivi coordonné, chacun doit savoir ce qu’il accompagne. Le professionnel de la nutrition ne devrait pas avoir à deviner le contenu de la thérapie, et le thérapeute ne doit pas improviser une prescription alimentaire. Avec votre accord et lorsque c’est utile, les échanges peuvent porter sur les objectifs communs et les difficultés à prendre en compte. Cette cohérence évite de recevoir des injonctions contradictoires.
Nous pouvons également réexaminer un objectif devenu trop rigide. « Ne plus jamais manger sous le coup d’une émotion » peut être une exigence irréaliste et inutilement sévère. Comprendre les épisodes qui vous préoccupent, prévenir les situations de privation et retrouver plusieurs manières de prendre soin de vos besoins constitue une direction plus précise. L’EMDR, lorsqu’elle est indiquée, s’inscrit dans cette démarche et ne se substitue pas à son ensemble.
Retrouver plusieurs manières de répondre à un besoin
En visio, nous pouvons explorer ce que l’alimentation tente de réguler, ce qui relève d’un besoin physique et ce qui rend les alternatives difficiles. Parfois, le premier changement n’est pas de résister davantage. C’est d’organiser une journée dans laquelle les besoins élémentaires ne sont plus repoussés jusqu’au soir.
Vous n’avez pas à présenter une alimentation « parfaite » pour venir en parler.
Si votre relation à la nourriture est devenue une source de conflit intérieur, je vous propose de regarder avec vous quel accompagnement serait pertinent, en lien avec les soins nécessaires.



